La Potée du Dindon : conte de Toussaint au coin du feu

Jean Le Dindon, auberge typique du pays du Mézenc

Il était une fois, à Chaudeyrolles, un dindon très distingué qu’on appelait Jean le Dindon.
Il tenait une auberge si accueillante que même le vent du Mézenc y faisait parfois halte pour se réchauffer les plumes.

Jean le Dindon avait une passion : la potée auvergnate. Pas n’importe laquelle, attention !
Sa potée, c’était du sérieux : du chou, des carottes, du lard, des patates, et un secret qu’il ne révélait à personne, même pas à sa cuillère.
On disait que quand il la préparait, les âmes en balade à la Toussaint faisaient demi-tour rien que pour humer l’odeur.

Ce soir-là, justement, la brume descendait sur les Narces, et Jean remuait sa marmite en chantonnant :

« Potée, potée, tourne et ris,
Fais fondre le lard et les soucis ! »

Tout allait bien jusqu’à ce qu’il entende — hoooouuuuuuu ! — un grand hurlement venu des Cévennes.

— Tiens, se dit le Dindon, voilà mes invités qui arrivent sans prévenir.
Et il mit trois bûches de plus dans le feu, parce que chez lui, on reçoit comme il faut, même les surprises.

Les invités, c’étaient les loups. Mais attention, pas des loups méchants, oh non ! Des loups polis, bien élevés, qui disaient bonsoir avant d’entrer et s’essuyaient les pattes.
Le plus vieux s’approcha :
— Dis donc, Dindon, ça sent bon, ton affaire.
— C’est ma potée, répondit Jean. Elle tient chaud jusqu’à la Toussaint suivante !
— On peut goûter ? demanda le loup.
— Si vous promettez de ne pas me croquer en dessert.
— Marché conclu, dirent les loups en chœur.

Alors tout le monde s’assit autour du feu. Le Dindon servit les assiettes, les loups goûtèrent, et leurs yeux se mirent à briller comme deux boutons de cuivre.

— C’est la meilleure potée du monde ! fit le plus jeune.
— C’est normal, répondit Jean. Elle mijote avec le cœur.

Puis, quand le chaudron fut vide, le vieux loup se leva et déclara :
— En échange de ce festin, Dindon, on te promet de garder ton auberge contre le vent, la neige et les clients grognons.
Et pouf ! ils disparurent dans la brume.

Le lendemain, les habitants trouvèrent devant l’auberge une plume brillante plantée dans la terre.
Personne ne sut jamais si c’était un souvenir laissé par Jean, ou un remerciement venu du ciel.

Mais depuis ce jour, quand on sent, la nuit de la Toussaint, une odeur de chou et de lard au détour d’un chemin, on sait que quelque part, Jean le Dindon refait sa potée… et que les loups, eux, ne sont jamais bien loin.

Et si vous pensez que tout cela n’est qu’une histoire…
eh bien, venez donc vérifier par vous-même !

Car chaque vendredi soir, samedi midi et soir, et dimanche midi,
jusqu’au 14 décembre — juste avant que l’auberge ne se rendorme pour l’hiver —
Jean le Dindon remet la marmite sur le feu.

La potée y mijote tout doucement,
et si vous tendez bien l’oreille, entre deux bouillons,
vous entendrez peut-être un gloussement malicieux
ou le vent du Mézenc qui chuchote :

« Elle est meilleure que chez les loups, celle-là ! »

Alors, ne tardez pas trop…
après le 14 décembre, le Dindon ferme ses ailes jusqu’au printemps ! 🌿🦃🔥

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